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Issaka Sawadogo : Le «Boss» de la diaspora burkinabè en Côte d’Ivoire

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Orphelin de père à l’âge de 7 ans, Issaka Sawadogo n’a pas eu une enfance facile. Eduqué par son oncle Pogbila Sawadogo, il a dû trimer pour se faire une place au soleil. De Ouangolodougou sa ville natale à Abidjan, le petit vendeur d’eau glacée est devenu, au prix de mille sacrifices, le patron de plusieurs entreprises florissantes et membre fondateur du Conseil des opérateurs économiques Burkinabè en Côte d’Ivoire (Coebci).

Le physique et le timbre vocal imposants, l’air débonnaire, Issaka Sawadogo est un opérateur économique burkinabè prospère en Côte d’Ivoire. Patron de la Société de transport Ivoiro-Burkinabè (Stib), de la Société de transit concorde ivoiro-burkinabè (Sococib), de l’entreprise des travaux publics (Etsap), d’une usine d’huilerie et président du Conseil d’administration de la puissante confédération des filières bétail viande de l’Afrique de l’Ouest, c’est un véritable capitaine d’entreprises qui est toujours entre deux avions. A 59 ans, il a réussi là où rien ne le prédestinait. Et pour cause, raconte-t-il avec beaucoup d’émotion: «Mon père est décédé quand j’avais 7 ans. Mes frères et moi avons été élevés par mon oncle, qui s’appelle Pogbila Sawadogo à Ouangolodougou. Tout petit, j’ai commencé à vendre de l’eau aux voyageurs qui venaient du Burkina pour la Côte d’Ivoire ou qui y partaient. Le commerce de l’eau m’a mis en contact avec beaucoup de personnes. C’est ainsi que les douaniers en poste à Ouangolodougou m’ont confié la charge du nettoyage de leurs bureaux». Cette offre sonnait comme du pain bénit pour l’orphelin qui va mettre à profit les bonnes relations qu’il a su établir avec les douaniers pour intervenir souvent au profit de certains commerçants «coincés» qui le sollicitaient.

  • Le petit orphelin n’a pas jamais baissé les bras

En guise de reconnaissance, bien de commerçants lui proposent de mettre à sa disposition des marchandises qu’il vend sur place et leur fait le point régulièrement. C’est ainsi que le technicien de surface improvisé devient un vrai commerçant. Il y prend goût et décide d’aller plus loin. «J’ai décidé de vendre dans un premier temps la friperie. Avant de commencer à aller à Lomé acheter des voitures et revenir les vendre dans le nord. Tous les fonctionnaires venaient acheter leur voiture avec moi. Et après l’achat des voitures il fallait les faire immatriculer. Je disposais donc d’un compte contribuable sur lequel ceux qui achetaient les voitures passaient pour les faire immatriculer. Au guichet unique plusieurs voitures sortaient chaque jour sous mon nom», rappelle Issaka Sawadogo. Il s’associe à d’autres partenaires et crée la Société de transit concorde Ivoiro-burkinabè qui se spécialise dans le commerce d’oignons et le transit. Puis survient la crise du 19 septembre 2002.

La Côte d’Ivoire est en rupture de ban avec elle-même. L’activité économique dans le nord tourne au ralenti. Voilà quatre mois que le train avait cessé de rouler. Une situation corvéable pour les commerçants. «Pendant la crise les commerçants quittaient le Burkina, passaient par le Mali et entraient en Côte d’Ivoire par Noé. C’était par ce circuit que la Côte d’Ivoire était ravitaillée en bétail. Ce contournement nous prenait six jours de trajet et quand nous arrivions à Abidjan, c’est après avoir enregistré des morts parmi les bêtes affamées et assoiffées», décrit-il. Il fallait donc faire quelque chose. «Après réflexion, nous avons décidé d’aller discuter avec les Forces Nouvelles qui occupaient la moitié nord du pays. Je suis allé avec deux amis à Bouaké pour ouvrir les discussions avec les forces nouvelles. Mais notre démarche n’a pas été comprise et j’ai été arrêté et détenu durant six jours à Bouaké. J’ai été libéré grâce à des interventions d’amis. Je suis ensuite allé à Ouaga voir les autorités qui sont intervenus auprès des responsables des Forces Nouvelles. C’est ainsi que nous avons pu signer une convention le 23 janvier 2003», poursuit le Pca de la Stib.

Mais ce qui valait pour les Forces Nouvelles ne l’était pas pour la zone gouvernementale. Il fallait entamer d’autres discussions avec le régime d’Abidjan d’alors. «Après Bouaké, nous avons engagé des discussions avec le pouvoir d’Abidjan. Nous avions approché l’ex-Premier ministre Affi N’Guessan, l’ex-Première dame, Simone Gbagbo et Charles Blé Goudé. Cela a donné lieu à plusieurs rencontres avec la hiérarchie militaire qui ont abouti à un accord. Il restait maintenant à faire démarrer le train», raconte Issaka Sawadogo qui n’était pas au bout de ses peines. Puisque la Sitarail va refuser de s’associer à ce projet de crainte d’avoir à partager la responsabilité d’un éventuel accroc. «Néanmoins, au regard des documents dont nous disposions la Sitarail nous a permis d’essayer une locomotive et un wagon sur les rails qui n’avaient plus fonctionné depuis des mois. C’est ainsi que nous avons testé les rails jusqu’à Ouangolo. A notre retour, un ami nous a remis 35 bœufs pour faire le chemin retour. Alors que beaucoup pariaient que les forces nouvelles allaient arracher ces bœufs, nous sommes revenus jusqu’à la gare de Treichville avec les bœufs. La RTI est venue faire un reportage sur notre arrivée. Ce jour-là beaucoup avaient même déclaré que c’était la fin de la guerre», se rappelle-t-il avec un brin de fierté. De là est née, la société de transport ivoiro-burkinabè (Stib) qui a obtenu une convention de concession d’exploitation du train avec la Sitarail.

  • Ses sacrifices ont fini par payer

Aussi l’idée de la Confédération des filières bétail et viande de l’Afrique de l’Ouest est-elle étroitement liée à la quête de la fluidité du transport des marchandises entre la Côte d’ivoire et l’hinterland. «Sous la crise, les marchands de bétail dépensaient comme frais de route entre 1,2 et 1,6 million des frontières nord à Abidjan. C’était intenable. Nous avons donc dénoncé ce fait auprès des autorités. Mais, on ne nous a pas crus. Nous avons alors invité des journalistes à faire le chemin pour toucher du doigt la réalité. Nous avons sillonné les parcs à bétail de Sikasso, de Koutchala, de Mopti, de San, de Bamako, de Hermankono, de Lara, de Djoli, de Faraman, de Bobo Dioulasso, de Fada N’Gourman, de Kanchari, etc. Les journalistes ont recueilli les témoignages des marchands sur les tracasseries qu’ils subissaient sur les routes ivoiriennes dans l’acheminement du bétail. La vidéo qui a été réalisée a été transmise au président Laurent Gbagbo. Après avoir pris connaissance de notre calvaire, le président nous a fait convoquer et ce jour-là, je me souviens, il a dit «M. lssaka Sawadogo, j’ai demandé au ministre de la défense, Lida Kouassi de régler votre problème». Quelques semaines après, les frais de route ont chuté de 1,6 million FCFA à 60.000 FCFA. Pour une meilleure organisation du secteur bétail, «du 24 au 27 décembre 2004, après plusieurs réunions, nous avons tenu l’assemblée générale constitutive de la confédération des filières à Bamako. Nous étions 5 candidats et les 4 autres se sont retirés à mon profit en hommage à tout ce que j’avais fait pour le secteur», explique-t-il.

Avec plus de 700 travailleurs qu’il emploie, Issaka Sawadogo est un opérateur économique au grand cœur, qui a construit des dizaines de mosquées en Côte d’Ivoire, offert à ce jour une centaine de voiture à ses collaborateurs. Chaque année, il paie les frais de voyages à la Mecque d’une dizaine de musulmans et offre plus de 300 moutons pour les fêtes musulmanes. «En tant que croyant, je sais qu’à ma mort ce sont mes bonnes ouvres qui plaideront devant Dieu ma cause», se convainc-il.

Membre fondateur du Conseil des opérateurs économiques burkinabè en Côte d’Ivoire (Coebci), le «boss» de la diaspora burkinabè en Côte d’Ivoire, comme on le surnomme, fonde beaucoup d’espoir sur cette structure. «Je salue l’initiative du président Moussa Ouédraogo et lui apporte tout mon soutien. Les hommes d’affaires burkinabè avaient grand besoin de cette faîtière», conclut Issaka Sawadogo.

Alexandre Lebel ILBOUDO

In Coebzine N° 0001 de Juin 2020

 

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Décès de Bagayan Boureima : Une délégation du COEBCI aux côtés de la famille éplorée

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Décédé dimanche soir à Abidjan, de façon subite, la dépouille mortelle de l’homme d’affaires burkinabè, Bagayan Boureima devrait être transférée, ce lundi 20 septembre à Ouagadougou au Burkina Faso.

Avant le transfert de la dépouille mortelle, une délégation du Conseil des opérateurs économiques burkinabè en Côte d’Ivoire, composée du Secrétaire général, El Hadj Kindo Issaka et du Secrétaire à l’information, Bernard Bonané, était ce lundi autour de 13 heures, à Ivosep Treichville, pour présenter ses condoléances au nom de la faitière des hommes d’affaires burkinabè en Côte d’Ivoire et assister la famille du défunt.

Bagayan Boureima, faut-il le rappeler, était un homme d’affaires prospère dans la filière café cacao, dans la région du Guemon, notamment à Duékoué. La délégation du Coebci a présenté ses sincères condoléances à la famille de l’illustre défunt.

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Décès de Mariam Kanazoé : Les condoléances du bureau exécutif du COEBCI

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Communiqué-Le Conseil des Opérateurs économiques burkinabè en Côte d’Ivoire (Cobeci) a appris avec une grande émotion, par voie de presse, le décès subite de Mme Mariam Kanazoé, Pdg de l’entreprise Mariam Kanazoé Construction et membre du Conseil.

En ces circonstances douloureuses, le bureau exécutif adresse ses sincères condoléances à la famille, partage sa peine et prie pour le repos éternel de l’âme de la défunte.

Avec la disparition de Mme Kanazoé, le Coebci perd un membre influent de son bureau exécutif.

Moussa Ouédraogo

Président du COEBCI

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COPTAC/5é édition : Le président du COEBCI reçoit le Grand Prix du TAC

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Moussa Ouédraogo, président du Conseil des Opérateurs économiques Burkinabè en Côte d’Ivoire (COEBCI) a reçu, ce mardi 27 juillet 2021, le Grand Prix du Traité d’Amitié et de Coopération  (TAC) entre le Burkina et la Côte d’Ivoire.

C’était à l’occasion de la Soirée Gala de distinctions, 5é du genre, initiée par la Convergence des Peuples pour la promotion du Traité d’Amitié Ivoiro-burkinabè (COPTAC) qui a vu la célébration de plusieurs personnalités à l’hôtel Ivotel Plateau.

Le président du COEBCI a ainsi été distingué Meilleur Administrateur de structure de promotion socio-économique et de l’intégration. Absent du pays depuis quelques semaines, son trophée a été réceptionné par le Secrétaire général à l’information du Conseil, Bernand Bonané.

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